Nous qui avons bien connu Stéphanie…

Stéphanie

Le 28 août 2026, j’ai pu assisté aux obsèques de Stéphanie Voll, ancienne élève du collège. Elle était au collège il y 27 ans. C’est le visage d’une adolescente qui revient, celui d’une élève assise dans ma classe, bien avant la femme qu’elle est devenue.

On se demande souvent, dans ce métier, ce qu’il reste de nous chez les élèves qui passent. On oublie de se demander ce qu’il reste d’eux chez nous. Stéphanie fait partie de ceux qui laissent quelque chose.

Ce que je revois d’abord, c’est sa façon d’être avec les autres. Il y a des élèves qui aident quand on le leur demande. Stéphanie aidait avant qu’on ait eu le temps de demander. Elle repérait, sans en faire un numéro, celui ou celle qui décrochait, qui n’osait pas lever la main, qui restait un peu à l’écart à la récréation. Elle se déplaçait, elle expliquait, elle prêtait, elle attendait. C’était naturel chez elle, presque discret. Cette attention-là ne s’enseigne pas et ne se note pas ; elle change pourtant l’atmosphère d’une classe entière.

Ce que je revois ensuite, c’est son élan. Une élève volontaire, qui prenait la parole et qui la prenait bien. Ses interventions n’étaient jamais du remplissage : elle écoutait vraiment ce qui se disait, elle relançait, elle posait la question que les autres n’avaient pas formulée. Ces élèves-là rendent le cours meilleur. Ils obligent l’adulte en face à être plus précis, plus honnête, plus vivant. Tous mes collègues qui l’ont eue en classe en parlent de la même manière, et c’est rare, cette unanimité en salle des professeurs.

On dit parfois d’un élève qu’il est passé par un établissement. Stéphanie, elle, y a laissé une trace. Pas de celles qu’on grave sur une plaque : de celles qui se transmettent sans qu’on s’en aperçoive. Les élèves qu’elle a aidés ont, à leur tour, aidé les suivants. Une manière d’être ensemble s’est installée dans ces classes-là parce qu’elle en avait donné le ton. C’est une forme d’héritage modeste et tenace, et je crois que c’est la plus belle qu’un collège puisse recevoir de ses élèves.

Nous sommes des passeurs de quelques années. Nous accompagnons des adolescents sur un bout du chemin, puis ils s’en vont, et l’ordre des choses veut qu’ils continuent longtemps après nous. Quand cet ordre est rompu, il n’y a pas de mot juste. Je n’en cherche pas.

Je veux simplement écrire son prénom, ici, et dire qu’elle a compté. Qu’une équipe entière se souvient d’elle avec affection. Que la bienveillance dont elle faisait preuve, à un âge où l’on est rarement bienveillant, était remarquable et remarquée.

À sa famille, à ses proches, à ceux qui l’ont aimée bien mieux et bien plus longtemps que nous : nous pensons à vous, et nous partageons votre peine.

Merci, Stéphanie. Pour ce que tu as apporté à cette classe, à ce collège, et à ceux qui ont eu la chance de t’y croiser.

Vous pouvez la retrouver dans des chansons enregistrées durant sa période de collège.

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